Retard sur la ligne Auch-Agen

La réouverture de la ligne Auch-Agen était programmée pour juin 2018, et pourtant les travaux n’ont toujours pas commencé. Cette semaine, les vice-présidents des transports des régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie ont tapé du poing pour mettre la pression sur SNCF Réseau en demandant le début des opérations. À cela, le gestionnaire du réseau affirme attendre le versement des aides européennes qui représente 30% du budget du projet. En attendant le déblocage, petit rappel sur les étapes passées et les perceptives.

  • Etat des lieux

La circulation des trains a été stoppée début 2014 à la suite des intempéries hivernales, la ligne étant déjà en fin de vie. Des travaux d’urgence ont alors été réalisés durant l’été 2014 pour pouvoir assurer la campagne céréalière 2014-2015. Plus de 6.000 traverses ont ainsi été remplacées, avec également des travaux de structure sur le viaduc de l’Estressol pour un montant de 2M€ financé par SNCF Réseau. Pour rappel cet axe représente entre 80.000 et 160.000 tonnes de marchandises par an.

À la fin de la saison, la section Sainte-Christie – Auch a été interdite à la circulation à partir du 1er juillet 2015, puis sur le reste de la ligne à partir du 1er mars 2016. Dans le cadre de la sauvegarde des lignes capillaires fret lancé par Alain Vidalies, secrétaire d’État chargé des transports en décembre 2014, SNCF Réseau a proposé aux élus, acteurs économiques et institutionnels de mener une étude partenariale d’un montant de 80.000€ en juin 2016. Elle a été restituée à l’occasion du comité de pilotage du 3 novembre 2016 qui a notamment permis d’approuver :

• Le scénario d’investissement pour une pérennité de 15 ans
• La rénovation de la section 1 entre Agen et Ste-Christie (52 km) pour 7,2 M€ où les principaux potentiels de transport ferroviaire ont été identifiés
• L’examen de la section entre Ste Christie et Auch fin 2021 après 3 ans de fonctionnement de la section 1 rénovée

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Carte de la ligne Auch-Agen, avec en bleu foncé la partie concernée par les travaux ©VoieMidi

Sur les 7.2M€, le tour de table financier n’a permis de réunir que 6.4M€ nécessitant ainsi d’adapter en conséquence le volume des travaux au risque d’augmenter les coûts de maintenance pour le maintien d’une pérennité de 15 ans.

 

  • Les travaux prévus

Longue de 64 Km, la ligne Auch-Agen comprend 15 Km en Nouvelle Aquitaine et 49 Km sur le département du Gers en Occitanie. Jusqu’à présent elle a pour vocation principale la desserte de coopératives céréalières embranchées, au nombre de 5 encore active, par des trains de fret à destination des ports exportateurs français des façades Méditerranéenne (Sète) et Atlantique (Bordeaux). La tendance à la baisse des exportations directes des céréales françaises vers l’Espagne va avoir comme incidence de redynamiser les exportations via les ports et renforce donc l’importance de cette ligne. L’objectif est de pouvoir remettre en service les circulations dans les mêmes conditions à savoir une charge D (22,5 tonnes par essieu et 8t/m) et une vitesse de ligne à 40 Km/h de Bon-Encontre à Lectoure puis de 30 Km/h au-delà avec un ralentissement à 10 Km/h sur le viaduc de L’estressol.

La ligne Auch-Agen enjambant la Garonne à la sortie de Bon-Encontre ©Atlas des paysages

Au total ce sont près de 14.000 traverses qui seront changées sur la section Agen – Ste-Christine ainsi qu’un rail de 24 mètres sur la file droite entre Lectoure et Fleurance. Un bourrage général d’entretien sera réalisé avec déchargement préalable de ballast (70 t/km) à la suite du remplacement des traverses. Sur le parcours, on retrouve également 3 appareils de dilatation qui sont à régler et graisser. Au niveau des gares, les aiguillages des gares de Layrac, Astaffort et Lectoure seront déposés, sachant quand dans cette dernière la grande partie avait été supprimé dès 2007. En gare de Fleurance en revanche, il n’y a eu ni simplification ni suppression d’installations au cours des décennies passées. Tous les appareils sont neutralisés en voie directe et seuls quelques traverses ont été injectés en renforcement afin de réaliser l’ouverture de la ligne en 2014. Les 5 aiguillages de la gare sont donc à rétablir avec remplacement de 15 traverses en moyenne sur chacun d’entre eux. La voie 4 fera même l’objet d’un RVB (Renouvellement Voie Ballast).

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Plan de voie de la gare de Fleurance, qui restera quasiment intact ©VoieMidi

Concernant les ITE (Installation Terminale Embranchée), les aiguillages de Goulens, Fleurance et ceux de St-Christine seront préservés et renouvelés, tandis que celui de Lectoure sera déposé. Au niveau des ouvrages d’art, des opérations minimes sont prévues. Seul le viaduc de l’Estressol présente un état de dégradation nécessitant une vitesse limitée à V=10 km/h. Enfin l’ensemble des Passages à Niveau (PN) feront l’objet d’une visite générale de toutes les installations électriques avec vérification de fonctionnement de manière à pouvoir garantir leur bon fonctionnement à la remise en service après 2,5 ans de non-utilisation. On notera quelques cas particuliers:

  • Le PN 39 sur la commune de Montestruc-sur-Gers doit faire l’objet d’une réfection complète avec un nouveau type de platelage adapté à un trafic lourd et dense.
  • Les PN 1 et 31 doivent faire l’objet d’une réfection complète de l’enrobé avec remplacement des traverses et du ballast et consolidation des attaches de contre-rail.
  • Les PN 33, 34 et 41 doivent faire l’objet d’une réfection complète de l’enrobé avec consolidation des attaches de contre-rail.
  • Le PN 23 doit faire l’objet d’une consolidation des attaches modules/bois.

 

  • Des travaux minimalistes?

Ces travaux conduisent à voir le verre soit à moitié plein, soit à moitié vide. En effet le point positif c’est la pérennisation de la ligne en maintenant des circulations, circulation fret qui plus est permettant ainsi de limiter le nombre camion sur la RN21. Mais dans le même temps on peut regretter que le projet se contente du transport de marchandises et ne prenne pas en compte les voyageurs, car l’axe Auch-Agen cumule plusieurs avantages.

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Carte des flux de déplacement domicile-travail entre Auch, Fleurance et Lectoure

On retrouve tout d’abord plusieurs villes importantes pour ce territoire à savoir Fleurance (6.181 habitants), Lectoure (3.710 habitants), Layrac (3.559 habitants), Astaffort (2.063 habitants), ou encore Preignan (1.287 habitants). Certaines de ces villes sont en pleine croissance comme Layrac et Preignan, par influence des préfectures d’Auch et Agen, et d’autres comme Lectoure connaissent une faible mais constante baisse de la population. La mise en place de TER cadencés permettrait d’un côté d’accompagner la croissance démographique et de l’autre d’éviter la désertification d’un département déjà faiblement peuplé. Quand on regarde les flux de déplacement domicile-travail/étude, on note qui plus est de nombreuses navettes entre Auch, Fleurance et Lectoure d’un côté, et Agen, Layrac et Astaffort de l’autre.

À cela il ne faut pas oublier les déplacements nationaux, en effet les voyageurs voulant rejoindre Paris depuis la capitale Gersoise doivent se rendre à Toulouse pour prendre le TGV. Avec la réouverture de la ligne, le trajet pourrait être réduit d’un peu plus d’une heure passant ainsi à environ 4h30 contre 6h actuellement. Les gains de temps concernent aussi les villes de Bordeaux ou encore Montauban. Enfin, la ligne possède des atouts touristiques, que ce soit les villes aux extrémités (Auch et Agen) mais aussi Lectoure capitale historique de l’Armagnac.

La ville de Lectoure, desservit en contrebas par la ligne Auch-Agen ©GascogneLomagne

En attendant plus, les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie souhaitent lancer des travaux similaires sur la ligne Mont-de-Marsan – Tarbes d’ici 2020 qui possède de nombreuses entreprises sur son parcours, et où là aussi le retour de trains voyageurs serait en phase avec les déplacements domicile-travail.

 

Sources:

Photo d’illustration

https://www.ladepeche.fr/article/2018/10/31/2898054-ligne-sncf-auch-agen-les-deux-regions-tapent-du-poing.html

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mo dit :

    Le temps de parcours vers Paris ne passerait-il pas plutôt à 4h30? Agen étant désormais à 3h de Paris. Et voire encore moins #GPSO. Cette ligne me paraît être un exemple parfait d’une intégration TER-TGV pour désenclaver un territoire.

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    1. voiemidi dit :

      En effet on est plus sur du 4h30, merci pour la correction!

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