JO 2030: le rendez-vous manqué?

C’est un évènement dont on entend quasiment pas parler de ce côté des Pyrénées, illustration sans doute du manque d’ambition et de clairvoyance sur les bienfaits que pourrait apporter une candidature à l’organisation des JO d’hiver 2030. Car en effet chez nos voisins Espagnols, une candidature est sur le point d’être déposée pour l’organisation des Jeux Olympiques sous la dénomination « Barcelone-Pyrénées 2030 ». Un évènement qui se déroulerait dans toute la Catalogne avec trois villages olympiques situés à Barcelone, Puigcerdà en Cerdagne ainsi que Vielha dans le Val d’Aran.

Localisation des trois hypothétiques villages olympiques avec les différents axes ferroviaires ©VoieMidi

Concrètement le projet s’organise autour de Barcelone, ville hôte, qui abriterait les cérémonies officielles ainsi que les évènements en intérieur comme le hockey sur glace, le curling ou le patinage. Les épreuves extérieures comme le biathlon, le ski ou le snowboard, se trouveraient dans le massif Pyrénéen d’une part en Cerdagne dans les stations de la Molina et Masella avec Puigcerdà comme centralité et d’autre part sur la station Baqueira en Val d’Aran avec Vielha à proximité. Malgré les propositions de l’Andorre, et de façon plus anecdotique des Pyrénées-Orientales, de participer à cette candidature Pyrénéenne, la fédération Royale Espagnole des sports d’hiver semble exiger que les épreuves se déroulent en territoire espagnol. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas y avoir une coopération et pour cause il manque au programme des lieux pour organiser les épreuves de saut à ski et de bobsleigh.

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Les Pyrénées, futur cadre des Jeux Olympiques d’hiver 2030?

L’occasion pour l’Andorre et l’Occitanie de participer à la candidature des JO d’hiver 2030. Et comme toujours avec ce genre d’évènement, c’est donc l’opportunité pour tout un territoire de faire évoluer et développer les modes de transport en déloquant des crédits plus facilement, ce qui est ici bien sûr l’objet de notre sujet.

Le transpyrénéen

  • Côté Espagnol

Premier axe à pouvoir bénéficier de cet évènement, la ligne Toulouse-Barcelone via Latour-de-Carol. Quelle que soit l’organisation finale des épreuves, la section espagnole est déjà clairement identifiée comme un axe à développer et renforcer. Ligne électrifiée à voie unique sur toute la longueur, elle connaît (comme côté Français) des problèmes de régularité avec un cadencement qui touche aux limites de capacité de la ligne. Le projet de longue date de doublement de la section Barcelone-Vic, terminus des navettes urbaines, et qui est inscrit au plan 2020-2030 de la Catalogne va ainsi se voir concrétiser et pourquoi pas accélérer. La première section Parets-del-Vallès – La Garriga, soit 17,4 km, est déjà en cours de réalisation avec actuellement la suppression des passages à niveau et un doublement d’ici 2025. La deuxième phase entre Centelles et Vic (16 km) est prévu à moyen terme ainsi que les 9 km entre la bifurcation de Montcada et Parets del Vallès d’ici 2030. Ainsi, sur les 155 km de la ligne, plus de 40 km seraient en double voie permettant une meilleure régularité et l’insertion d’express pour rejoindre la Cerdagne.

La ligne R3 avec en rouge les trois sections où sont programmés des doublements de la voie ©VoieMidi

Autre projet dans les cartons, et qui trouverait sa concrétisation avec les JO, concerne la réalisation d’un ascenseur valléen entre la gare de La Molina et le domaine Alp 2500 (troisième plus grand domaine des Pyrénées) qui regroupe les stations de ski de La Molina et Masella. Ce tronçon manquant ne sera pas difficile à insérer puisqu’une ligne existait déjà dans le passé et peut donc être réutilisé. Cette infrastructure est nécessaire pour relier Puigcerdà aux sites des épreuves en une vingtaine de minutes avec une interconnexion directe depuis le quai de la gare. Des travaux qui serviront au-delà des JO puisque cela permettra aux Catalans de rejoindre les pistes de ski sans voitures tout comme le doublement de voie améliorera le confort des usagers du quotidien.

Les stations de ski La Molina et Masella avec les remontées mécaniques, y compris en violet le futur téléphérique depuis la gare ©VoieMidi

Dernière évolution qui s’accélèrerait, l’allongement des quais de l’axe de Puigcerdà qui passeraient à 200 m. Un réaménagement permettant l’engagement de train de la série 465 plus capacitaire et plus moderne avec 64 places supplémentaires ce qui sera nécessaire pour accueillir l’afflux de touristes pour l’évènement.

La ville de Puigcerdà et ses 9.486 habitants au cœur du plateau de Cerdagne
  • Côté Français

L’organisation d’une épreuve sur le sol français permettrait d’obtenir plus facilement des crédits pour engager des améliorations sur la ligne Toulouse – Latour-de-Carol. À l’image des Catalans, la section péri-urbaine entre la bifurcation de Portet-St-Simon et Foix doit à terme être doublée à commencer par le tronçon Portet-Auterive (20 km) dans le cadre du RER Toulousain. Des travaux qui permettraient une augmentation de la vitesse de la ligne tout en procédant en parallèle à des relèvements de vitesse en Haute-Ariège comme prévu par exemple, à petite échelle, au CPER 2015-2020 pour réduire le temps de trajet entre Toulouse et la frontière avec la possibilité d’insérer des trains express.

Si la candidature de Barcelone-Pyrénées est retenue, avec ou sans épreuves en France, il reste un projet nécessaire à concrétiser à savoir la réalisation d’un RVB (Renouvellement Voie Ballast) de la voie Française sur la section internationale entre Latour-de-Carol et Puigcerdà pour permettre aux trains français de rejoindre directement le village olympique sans rupture de charge. En effet, la circulation est actuellement suspendue depuis les années 90. Pire, une portion est manquante en gare de Puigcerdà depuis le RVB de la voie espagnole.

La section internationale avec à droite la voie Française à l’abandon qu’il faut renouveler ©PKK

Le train jaune

Dans l’optique d’une participation française aux JO, on pourrait imaginer l’organisation de l’épreuve de saut à ski sur le domaine de Font-Romeu. Infrastructure absente en Espagne, elle serait ici utile durant la compétition mais au-delà également. En effet Font-Romeu a la chance d’abriter le CREPS du Centre National d’Entrainement en Altitude (CNEA) créé en 1967 par le général De Gaulle pour permettre à la France d’être au niveau des autres grandes nations pour les JO de Mexico de 1968 et après l’échec de ceux de Tokyo en 1964. C’est notamment le lieu de formation du quintuple champion Olympique de biathlon Martin Fourcade. Par conséquent il s’agirait d’une infrastructure qui viendrait renforcer l’excellence du CNEA par la suite.

Le site du CNEA qui va bénéficier d’investissements dans le cadre des JO 2024 ©CREPS

Il convient donc naturellement de devoir améliorer les liaisons entre Puigcerdà, centre du village olympique, et le domaine de Font-Romeu. Cela commence par mettre en œuvre le projet imaginé par le nouveau maire de la commune d’un ascenseur valléen. En effet Font-Romeu est une ville qui s’étale sur différentes altitudes avec donc la possibilité de créer un mode de transport téléporté qui servirait pour les trajets du quotidien. À l’occasion de la renégociation de la concession en 2022, le téléphérique pourrait descendre jusqu’à la gare SNCF avec au moins 6 stations permettant ainsi une interconnexion parfaite entre le train jaune et le téléphérique pour rejoindre le site de l’épreuve.

Section du train jaune entre Latour-de-Carol et Font-Romeu avec en violet l’hypothétique ascenseur valléen ©VoieMidi

À cela il faut ajouter l’amélioration du train jaune. Actuellement ce dernier serpente sur 27,6 km en 1h15 entre Latour-de-Carol et Font-Romeu contre 18 km en 22 min par la route. Dans le cadre du futur schéma directeur visant à améliorer la ligne, il convient ainsi d’y inclure l’achat de nouvelles rames pour mettre en place un cadencement et des compositions plus importantes (1 train toute les deux heures contre seulement 2 allers-retours à Latour-de-Carol actuellement) avec correspondance aux extrémités mais aussi un relèvement de vitesse en ne s’interdisant pas de rectifier le tracé de la ligne pour supprimer quelques-uns des nombreux virages et autres boucles du parcours.

Le train jaune en provenance de Latour-de-Carol quittant ici la gare de Bourg-Madame ©Aleix Cortés

Il est à noter que malgré l’absence de desserte de Puigcerdà par le train jaune, la ville frontalière de Bourg-Madame permettrait tout de même de rejoindre Font-Romeu directement en améliorant les cheminements piétons entre la gare Française et le centre-ville de la commune Espagnole distant de seulement 1 km.

L’Andorre

La principauté a fait plusieurs fois acte de présence pour participer à l’organisation des JO dans le cadre de la candidature Barcelonaise. On pourrait ainsi imaginer la réalisation d’une infrastructure pour accueillir l’épreuve de bobsleigh sur la station de ski de Grandvalira, le plus grand domaine des Pyrénées. Une installation qui pourrait être réutilisée après les festivités et qui s’inscrirait bien dans la politique de la station qui possède déjà une grande variété d’activité pour attirer un public très large. L’organisation des JO serait ainsi un argument de poids pour mettre en route le projet de création d’un lien ferroviaire entre la ligne SNCF au niveau de Porta et le Pas-de-la-Case. Évalué à 150M€, cela permettrait de rejoindre la ville Andorranne en 11 min via un tunnel de 7 km.

Carte avec en rouge le projet de liaison ferroviaire vers le Pas de la Case et en bleu le domaine Grandvalira ©VoieMidi

Évoqué en 2018, le sujet est désormais inscrit dans le plan de relance de la principauté. Le financement pourrait facilement être couvert par l’Andorre, l’Espagne, la France, l’Union Européenne, les régions Occitanie, Catalogne ou encore les départements de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales sans oublier éventuellement l’intervention du privé. Pour comparaison, le tunnel routier d’Envalira s’élevait à 80M€ pour 2,9 km, et le tunnel LGV du Perthus  à 300M€ pour 8,7 km. À plus long terme, libre à l’Andorre d’étendre son réseau vers la capitale afin de désaturer les vallées Pyrénéennes du flot de voiture actuel.

Le Val d’Aran

Enfin dans la dernière mouture de la candidature Espagnole, le Val d’Aran est venu s’ajouter à la Cerdagne pour accueillir des épreuves extérieures sur la station de Baqueira, deuxième plus grand domaine skiable des Pyrénées. C’est aussi le site le plus isolé, aux confins de la région, ce qui rend compliquée l’idée d’une amélioration des transports. Ainsi les gares les plus proches sont Pobla de Segur côté Catalogne à 70 km et Luchon côté Occitanie à 20 km, mettant en évidence un intérêt à faire évoluer les choses en direction de la France plutôt que l’Espagne.

Vielha au cœur des Pyrénées, loin des axes ferroviaires français et espagnols ©VoieMidi

Dans un premier temps il convient de rouvrir la ligne Montréjeau-Luchon, fermée depuis 2014 et dont la région Occitanie a programmé des travaux qui commenceront fin 2021 pour une remise en service en décembre 2023. L’organisation des JO pourrait être l’occasion d’initier une réflexion sur le prolongement de la ligne pour renforcer les liens entre les deux régions transfrontalières et amorcer une nouvelle traversée des Pyrénées pour réduire l’usage de la voiture et le nombre de camions dans le massif. La ligne serait longue de 20 km et comporterait notamment un tunnel de 7 km pour la traversée de la frontière sous le Col du Portillon.

Le domaine de Baqueira, non loin de la capitale du Val d’Aran ©VoieMidi

Si c’est un objectif à très long terme, il serait bon de lancer une étude pour préserver dès aujourd’hui un fuseau et particulièrement dans les villes de Luchon et Vielha pour empêcher une urbanisation qui bloquerait le prolongement de la ligne dans l’avenir.

La ville de Vielha et ses 5.600 habitants

Si tout ceci est hypothétique, il est clair qu’une participation aux JO d’hiver permettrait aux Pyrénées de faire un bon dans l’amélioration de son réseau de transport. À l’heure où il est difficile d’obtenir des crédits des Etats, tout en ayant une forte demande de la population de réduire l’impact sur l’environnement, ce pourrait être là une piste dont devraient se saisir les candidats aux élections régionales et départementales…

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Photo d’illustration

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