Réouverture forcée à Bagnères-de-Bigorre?

Ne vous fiez pas à sa façade flambant neuve car la gare de Bagnères-de-Bigorre est bien fermée depuis 1970. Si le bâtiment a été récemment restauré dans ses couleurs d’origine pour y accueillir une maison de la santé, l’idée de rouvrir la ligne Tarbes – Bagnères-de-Bigorre a été évoquée dans le cadre des États Généraux du Rail et de l’Intermodalité (EGRIM) organisés par la région Occitanie. Le sujet était également déjà revenu sur le tapis il y a un an lorsque l’entreprise CAF (Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles) a commencé à réceptionner les rames du RER A qui doivent faire l’objet d’une modernisation dans les ateliers Pyrénéens. En effet malgré que l’établissement soit raccordé au réseau ferré national depuis la gare de Bagnères-de-Bigorre, l’acheminement fut réalisé par train jusqu’à Tarbes puis par camion pour rejoindre l’usine…

Une situation ubuesque qui avait poussé les élus locaux à étudier, enfin, une réouverture de la ligne. Si l’on pourrait se dire qu’il est trop tard, un nouvel événement vient pourtant renforcer ce projet. En effet ce site industriel historique datant de 1862, anciennement Soulé, va connaitre une montée en puissance significative grâce à l’obtention d’un contrat majeur après avoir remporté l’appel d’offre de SNCF Voyageurs pour construire les nouvelles rames Intercités dénommées Confort200.

CAF Intercités - Matériel roulant ferroviaire - Le Web des Cheminots
Les nouveaux trains Intercités circuleront sur le réseau à partir de 2023 ©CAF

Avec un volume de 103 rames dont 28 en tranche ferme, représentant un coût de 700M€, et 75 en option, la question de la réouverture devient une quasi obligation. Pour le transfert des RER de la RATP, il a par exemple fallu scinder les rames en 5 pour les mettre sur des camions qui ont mis plus de deux heures pour faire les 20 km depuis Tarbes! Autrement dit, il est difficilement envisageable pour l’avenir du site de mettre les Confort200 en circulation sans rétablir la ligne de chemin de fer. Le nouveau directeur de la filiale CAF France, Christophe Florin, confirme d’ailleurs en personne la volonté de l’industriel de participer au projet de réouverture de cette voie.

La gare débroussaillée juste avant sa restauration, laissant apparaître les voies toujours présentes ©BagnèresBigorre

Le 5 septembre 2019, une première réunion a eu lieu avec des représentants de SNCF Réseau, de la Sous-Préfète des Hautes-Pyrénées, du Directeur de CAF France, du Député de la 1ère circonscription des Hautes-Pyrénées et des élus locaux. L’État a accepté de financer une partie du volet « FRET » de l’étude sur la réouverture de la ligne mais les collectivités locales, souhaitant une étude avec un volet « Voyageurs » pour un coût total de 80.000€, ont demandé une participation de la région Occitanie. Si l’étude est actuellement en cours, intéressons-nous au potentiel de la ligne.

L’entrée de l’entreprise CAF où l’on aperçoit au sol l’embranchement ferroviaire toujours présent

Concernant le trafic marchandises et comme dit précédemment, la seule présence de l’usine CAF justifie cette réouverture pour permettre la mise en circulation du matériel produit par le constructeur espagnol mais aussi réceptionner du matériel pour des rénovations. Au-delà, cette réouverture permettrait également l’acheminement de matériels industriels pour les entreprises locales, le transport de déchets ou des grumes de bois qui induisent de la pollution, des problèmes de sécurité et de détérioration du réseau routier. Asltom pourrait également recréer un embranchement pour son site Tarbais dans le cadre d’une diversification de ses activités dans l’optique de la fusion avec Bombardier à venir.

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Carte de la ligne Tarbes – Bagnères-de-Bigorre avec ses anciennes gares et haltes ©VoieMidi

La ligne de 18 km possède également un énorme potentiel voyageur quand on regarde les flux domicile-travail et domicile-étude avec plus de 1.000 navettes chaque jour entre Bagnères et Tarbes. Il s’agit même du flux le plus important en Occitanie à ne pas posséder de service ferroviaire, avec Montpellier – Grau-du-Roi. Il serait intéressant de se poser la question de l’utilité d’une réouverture en mode tram-train. En effet le montant de l’investissement serait plus faible car nécessitant moins d’installation et un matériel roulant plus léger qui pourrait circuler en bi-mode (électrique/thermique) dans un premier temps évitant ainsi une électrification. Un tram-train, que pourrait très bien produire CAF, présenterait également l’avantage de pouvoir assurer une desserte plus fine du territoire avec des arrêts plus nombreux, notamment dans Tarbes. Outre ces trajets quotidiens, la vallée possède des atouts touristiques comme les thermes, le Pic du Midi ou encore les stations de ski qui gagneraient en accessibilité. À terme, il serait par exemple possible de prolonger les TGV Paris-Tarbes vers Bagnères les hivers à l’image des stations de ski Alpines.

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La ligne de Bagnères-de-Bigorre aujourd’hui sans sa caténaire avec les Pyrénéens en toile de fond

Cette réouverture pourrait s’inscrire dans un schéma plus global d’un réseau tram-train en Bigorre qui se superposerait aux TER. Une première ligne relierait Bagnères-de-Bigorre à Tarbes et Lourdes ainsi que Pau, si la région voisine souhaite investir dans le projet, avec la réouverture de haltes comme Juillan. Dans un second temps, la reconstruction de la ligne vers Argelès-Gazost et Pierrefitte-Nestalas (20 km) pourrait constituer la deuxième ligne avant d’être prolongé ultérieurement vers Cauterets (10 km), haut lieu touristique avec sa station de ski, ses thermes et ses randonnées vers le pont d’Espagne et le lac de Gaube. Le mode tram-train permettrait ici de faciliter une réouverture sachant l’urbanisation le long de l’ancien tracé de la ligne, aujourd’hui devenue voie verte. Qui plus est, la section vers Cauterets était déjà une ligne de tramway étant donné les rampes et courbes de l’infrastructure.

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Le tram-train Lyonnais ici dans un environnement similaire à celui de la Bigorre ©Transportrail

Espérons donc que la dynamique positive que connaît l’usine du constructeur espagnol ne soit que les prémices d’un renouveau du ferroviaire en Bigorre, territoire si cher à notre président fraîchement « converti » dans la défense des « petites lignes »… Affaire à suivre.

MàJ 05/10/2020: Lors d’un déplacement dans les Hautes-Pyrénées dans les usines d’Alstom à Tarbes et CAF à Bagnères-de-Bigorre, le ministre des transports a annoncé que l’Etat participerait à hauteur de 8M€ pour la réouverture de la ligne au trafic marchandises sur un budget total de 20M€. Il resterait donc aux collectivités territoriales 12M€ à trouver, voire plus pour le retour des trains de voyageurs.

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