Un pas de plus vers un train en Andorre

Comme nous l’avions évoqué cet été, l’Andorre cherche à améliorer ses connexions avec le reste de l’Europe notamment par la création d’une liaison ferroviaire entre la ligne du transpyrénéen et le Pas-de-la-Case. Les chambres des commerces de la Principauté d’Andorre et de Perpignan soutiennent le projet et ont décidé d’associer les autorités et les élus des deux côtés de la frontière. Dans quelques jours une convention devrait même être signée dans la Principauté pour permettre à la Chambre de commerce andorrane de devenir officiellement l’interlocuteur sur ce dossier aux côtés de la Chambre de commerce de Perpignan et des Pyrénées-Orientales. De son côté le maire de Porta a déjà entamé les démarches pour inscrire le projet dans son futur PLUI (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal). À cette occasion on en apprend plus sur les contours de la ligne.

Le point de départ aurait pu être l’Hospitalet ou encore Porté-Puymorens, mais c’est la commune de Porta qui semble retenu par l’étude. Si cela nous éloigne un peu de Toulouse, Porta présente l’avantage d’un foncier libre important, sans relief et avec la présence d’une gare. En effet, même si cette dernière n’est plus un arrêt commercial, la gare existe toujours car c’est un point de croisement obligatoire pour les TER dans le cadre du cadencement de la ligne Toulouse – Latour-de-Carol. Ainsi les correspondances entre l’Andorre, la France et l’Espagne pourraient se faire très facilement.

Croisement de TER en gare de Porta, avec en arrière-plan le col du Puymorens ©Aleix Cortés

Pour ce qui est de la nouvelle ligne, il s’agit d’un train (à crémaillère selon le degré de la pente) et non d’un métro, terme inadapté largement utilisé ces derniers jours par la presse.  L’infrastructure serait composée d’un viaduc de 200 mètres entre la gare de Porta et le début du tunnel pour traverser notamment la rivière du Carol. Il s’agit ensuite d’un tunnel de 7 km avec un dénivelé de 580 mètres, qui rejoindrait directement le Pas-de-la-Case avec cette fois une station souterraine. Au total, le temps de trajet serait de 11 minutes pour un coût de 150M€, et dont le financement peut facilement être couvert par l’Andorre, l’Espagne, la France, l’Union Européenne, les régions Occitanie, Catalogne ou encore les départements de l’Ariège et des Pyrénées-Orientales. Pour comparaison, le tunnel routier d’Envalira s’élevait à 80M€ pour 2,9 km, et le tunnel LGV du Perthus  à 300M€ pour 8,7 km.

À cela il faut ajouter la création d’autres infrastructures, à savoir la construction d’un poste de douane, l’Andorre n’étant ni dans l’Union Européenne ni dans l’espace Schengen, le réaménagement de l’ancienne gare de Porta (quai, passerelle, affichage) et la création d’un parking adapté aux fortes affluences.

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En rouge le tracé du train reliant le Pas-de-la-Case à l’ancienne gare de Porta. En vert, la ligne du transpyrénéen ©VoieMidi

Si la presse affuble souvent les mots de « fou » ou « pharaonique » au projet, il n’en est pas moins tout ce qu’il y a de plus sérieux, et avec de nombreuses retombées positives. Il s’agit tout d’abord de désenclaver l’Andorre, petit pays de 85.580 habitants au cœur du massif des Pyrénées et qui ne possède ni aéroport, ni ligne de chemin de fer. Et si la liaison s’arrête au Pas-de-la-Case, la principauté peut très bien imaginer à long terme un prolongement jusqu’à la capitale d’Andorre-la-Vieille soit environ 20 kilomètres supplémentaires. À court terme, une gare routière au-dessus de la station Andorrane permettrait déjà de relier le reste du pays au train via le tunnel d’Envalira, évitant ainsi les sommets trop enneigés et donc avec un service fiable toute l’année. Côté français, la ligne SNCF offre quant à elle la possibilité de rejoindre Barcelone, l’Ariège, Toulouse ou encore Paris grâce au train de nuit.

Le deuxième intérêt de ce projet est son caractère écologique. Chaque jour une file interminable de voiture grimpe jusqu’au Pas-de-la-Case, créant des bouchons monstres parfois de plusieurs kilomètres en plein cœur des Pyrénées. La création d’une ligne de chemin de fer permettrait de rabattre un bon nombre d’automobilistes vers le train, que ce soit en provenance de Toulouse, de la vallée de l’Ariège ou de la Cerdagne (française et espagnol). En 2014, la fréquentation de la gare d’Andorre-l’Hospitalet était de 50.327 usagers qui s’engouffraient ensuite dans un bus vers la principauté. Un chiffre qui pourrait très facilement être plus que doublé. À noter également la possibilité d’avoir un volet FRET en étudiant la faisabilité d’un transport de marchandises souterrain plutôt que par la route.

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La route d’accès vers l’Andorre lors de fortes affluences ©DIRSO

Autre intérêt, les enjeux économiques de la région. Pour les Andorrans tout d’abord, la ligne facilitera la venue des Français et des Espagnols qui font leurs emplettes dans les commerces du Pas-de-la-Case, en évitant ainsi les bouchons mais aussi les problèmes de circulations dus aux risques d’avalanche l’hiver que ce soit au col du Puymorens pour les Espagnols ou sur la RN 22 pour les Français. Côté français justement, le projet entraînera aussi des retombées économiques avec la possibilité de créer de l’activité sur la commune de Porta. Tout d’abord au niveau du village, la création d’un PEM (Pôle d’Échange Multimodal) autour de la gare permettrait l’émergence de restaurants, commerces et hôtels pour les visiteurs avant de partir faire les courses en Andorre. Il en est de même pour la station haute qui se trouvera côté français sur la commune de Porta et ou la mairie projette la construction d’un complexe résidentiel.

Les montagnes Andorranes abritent le plus grand domaine skiable des Pyrénées. ©Grandvalira

À cela il faut ajouter la dimension touristique. En effet, le Pas-de-la-Case accueille la station de ski de Grandvalira, plus grand domaine skiable des Pyrénées et dont la fréquentation est équivalente à celle de Val Thorens. Ce projet ferroviaire améliorerait l’accès à la station pour les locaux, mais aussi pour les Parisiens grâce au train de nuit par exemple, de quoi assurer une fréquentation encore plus forte lors des périodes hivernales. Le tourisme vert peut aussi être un levier avec les nombreuses randonnées que propose la vallée du Carol et l’Andorre. Il est à noter également la récente validation de la candidature « Pirineus-Barcelona » pour les JO d’hiver 2030. Si cela concerne la partie espagnole du massif, l’Andorre se montre intéressée à participer à l’organisation de ces JO tout comme la Cerdagne Française. Dans cette optique, la création de la ligne vers le Pas-de-la-Case serait un point positif.

Site du Pas-de-la-Case à l’extrémité Est de Grandvalira ©Grandvalira

Enfin, cette ligne souterraine permettrait de mettre fin à toute menace de fermeture de la ligne du transpyrénéen Toulouse – Latour-de-Carol. En effet, le caractère international de la ligne s’en verrait ainsi renforcé avec la création d’une solution 100% ferroviaire pour relier l’Andorre à Toulouse et le reste de la France, empêchant donc toute fermeture de cet axe. Actuellement, et malgré le renouvellement complet de la ligne, la section Ax-les-Thermes – Latour-de-Carol reste menacée à cause de sa fréquentation et de son classement UIC 7 à 9. Un classement archaïque qui est très critiqué et dont les lignes entre 7 et 9 n’ont plus droit aux investissements de l’État et de SNCF Réseau, laissant la région seule comme ce fut le cas récemment sur une opération de renouvellement de la caténaire.

TER entrant en gare de Porta et à destination de Latour-de-Carol ©Aleix Cortés

Une ligne Porta-Andorre permet qui plus est de faire évoluer la ligne du transpyrénéen. On pourrait ainsi imaginer, dans l’optique d’un meilleur temps de trajet, la création d’express qui s’intercaleraient entre les TER, l’évolution de la section Toulouse-Pamiers où l’on pourrait facilement augmenter la vitesse jusqu’à 160 km/h, contre 140 km/h aujourd’hui, grâce aux grandes lignes droites qui la compose. Ce serait également un argument supplémentaire à la réalisation du doublement de la partie périurbaine Toulouse-Auterive. Actuellement le temps de trajet Toulouse-Porta est de 2h35 soit environ 2h55 pour relier le Pas-de-la-Case à la ville rose. Avec ces aménagements on pourrait tomber à environ 2h15, soit un temps qui concurrencerait la voiture.

Côté espagnol aussi, les mêmes solutions pourraient être mises en place. À cela s’ajoute la question de l’écartement des voies. À court terme, il serait intéressant d’étudier la possibilité de faire aller les navettes Porta – Pas-de-la-Case jusqu’à la gare de Latour-de-Carol pour éviter une correspondance supplémentaire. À long terme, cela pourrait relancer la mise à écartement européen de la ligne Barcelone – Latour-de-Carol, dont la voie a été complètement renouvelée avec des traverses polyvalentes compatibles avec les écartements européen et ibérique. Ces aménagements franco-espagnols auraient également pour conséquence de réduire le temps de trajet du transpyrénéen Toulouse-Barcelone à environ 5h contre 6h actuellement.

Embouteillage à l’approche du col du Puymorens, côté Cerdagne

Le maire de la paroisse d’Encamp ou encore les commerçants du Pas-de-la-Case se sont depuis prononcés en faveur du projet, et le sujet des transports pourrait être au cœur du débat des prochaines élections législatives Andorranes.

 

Sources:

https://www.francebleu.fr/infos/societe/info-france-bleu-un-projet-de-metro-souterrain-dans-la-montagne-entre-la-france-et-l-andorre-1546976758

 

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