Ça bouge sur la ligne des Cévennes

Conçu comme un grand axe Nord-Sud doublant la vallée du Rhône et ça fameuse ligne du PLM, le Cévenol n’a jamais réussi à trouver son succès et souffre d’un manque de volonté de longue date. Mais après des décennies d’abandon et de manque d’investissements, allant jusqu’à craindre une fermeture, la région Occitanie est bien décidée à donner un nouveau souffle à la ligne des Cévennes. Avec le transfert vers la région de l’Intercité Nîmes-Clermont (anciennement Marseille-Paris), l’État s’est engagé à financer de nouveaux matériels roulants, à participer aux travaux de modernisation des infrastructures et à accompagner la Région Occitanie dans ses missions d’Autorité Organisatrice du service Clermont-Ferrand – Nîmes en participant au fonctionnement de cette desserte à hauteur de 4,5M€ courants de 2018 à 2022. Tour d’horizon des évolutions attendu et du calendrier fixé.

  • Un nouveau train pour le Cévenol

C’est la première conséquence du protocole entre l’État et la Région Occitanie sur le transfert de l’Intercité du 10 mai 2017. L’État finance l’achat de 3 rames Alstom Coradia Liner bimode dont la livraison est prévue pour l’été 2019. Malheureusement il ne devrait pas s’agir des mêmes modèles que pour les Intercités Bordeaux-Nantes ou Paris-Belfort (6 voitures avec un aménagement Intercité), mais de régiolis composé de 4 voitures avec un aménagement régional… Ces trains réaliseront les liaisons Nîmes – Clermont-Ferrand n°877952 (14h13→19h16) et n°877957 (12h50→17h58) pour le retour.

Coradia Liner Paris-Belfort. Le Cévenol devrait plus se rapprocher d’un régiolis (4 voitures) ©Yann Sonzogni

Mais pour accueillir ces nouveaux engins il faut pouvoir effectuer la maintenance au plus proche de l’exploitation. La région et la SNCF ont donc convenu de réaménager le Centre de Maintenance Régional (CMR) de Nîmes pour y effectuer des maintenances courantes préventives et correctives pour l’ensemble de la flotte Régiolis et Coradia Liner. Cela permettra ainsi par la même occasion de faire circuler des régiolis sur la ligne du littoral (Avignon-Portbou) dans le cadre de la fusion des régions.

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Le Centre de Maintenance Régional de Nîmes avec en rouge la future extension.

Concrètement, le site de Nîmes permettra la maintenance courante de niveaux 2 et 3 des rames Régiolis et Coradia Liner et donc de ne pas solliciter les régions limitrophes. Le projet consiste en l’agrandissement du CMR existant, sur la voie 24 (actuellement tri-fosse extérieure) en gardant le bâtiment actuel (bardage intermédiaire conservé) avec raccordement en électricité, chauffage, air et avec un passage porte sectionnelle entre les deux parties. Les équipements de l’extension sont les suivants :
– Passerelle fixe de la longueur de 77m avec combles lacunes commandés par automate
– Une distribution et récupération des fluides en toiture
– Une caténaire escamotable
– Une hotte aspirante escamotable
– Un pré-équipement pour un pont

Les travaux devraient commencer en février 2019 et pour une durée de 1 an.

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Coupe du bâtiment avec son extension sur la gauche

Outre le centre de maintenance, SNCF Réseau doit procéder à des travaux d’aménagement pour permettre la circulation de ce nouveau matériel sur la ligne des Cévennes. Plusieurs opérations doivent avoir lieu en Occitanie:

– Limitation Permanente de Vitesse (réduction de 5 km/h sur les sections 579+800 à 626+467, 628+765 à 632+570 et 660+807 à 660+937) en raison d’une insuffisance de dévers au-delà des limites admissibles et armement incompatible avec le matériel. Travaux de réduction du convoi de la semaine S12 à S24 en 2019.
 Tunnel de Banleves: Engagement de la partie haute nécessitant un ripage de l’ordre de 120mm sur 1km. Travaux de la semaine S12 à S24 en 2019.
– Tunnel de Pourcharesse: Engagement de la partie haute nécessitant un ripage de l’ordre de 170mm sur 500m et des travaux de rescindement de 110mm avec mise en place de voussoirs. Travaux de la semaine S12 à S24 en 2019.
– Quais à traiter à La grand combe Voie 1 et 2, Langogne Voie A, Chamborigaud Voie D, La levade Voie U, Alès voies C et D et Sainte Cécile nécessitant 7 sciages et 1 reconstruction. Travaux de la semaine S12 à S24 2019.
– Tunnel de Ners: Engagement de l’entraxe nécessitant le ripage sur 2x500m Voie 1 et Voie 2. Travaux en semaine 42 en 2018.
– Pont-route du Barri: Engagement de la partie haute et de l’entraxe nécessitant une mise en conformité. Travaux au 2eme semestre 2019.

Les Coradia Liner entreront donc en service à partir de décembre 2019. À terme, des régiolis pourront également assurer des TER Occitanie sur cet axe.

  • Des travaux d’urgences

Etant donné l’état très détérioré de la voie, le maintien des circulations ne peut attendre la fin des études préliminaire prévue fin 2019, début 2020. La région et SNCF Réseau ont ainsi établi une liste d’opération répartie en deux phases.

Phase I:

  • Opération n°1: Remettre en état des ouvrages en terre sensibles entre les gares de Villefort et la limite de Région Occitanie/AuRA  157.500€ 2018
    – risque identifié : chute de rocher sur la voie.
  • Opération n°16: Remplacer les traverses défectueuses situées entre la limite de région AURA et la gare de La Bastide 642.637€ 2018
    – Risque identifié : écartement accidentel (sous un train) des deux files de rail
    – mesures conservatoires en cas de non financement : LTV 40 en mai 2018.
  • Opération n°13: Renouveler la voie suite à usure très importante du rail entre les gares de La Bastide et Langogne 2.730.000€ 2020
    – risque identifié : rupture de rail.
  • Opération n°14: Sécuriser le tunnel de Gravil entre les gares de Prévenchères et La Bastide 966.000€ 2019
    – risque identifié : déstructuration et chute d’éléments sur la voie.
  • Opération n°6: Conforter une tranchée rocheuse entre les gares de Villefort et Prévenchères 1.575.000€ 2019
    – risque identifié : chute de rochers sur la voie.
  • Opération n°10: Renouveler les rails sous le tunnel d’Albeyspeyre entre les gares de Villefort et Prévenchères 735.000€ 2020
    – risque identifié : rupture de rail.
  • Opération n°15: Conforter la voûte du tunnel de l’Altier par coque béton (situé entre les gares de Villefort et Prévenchères) 300.000€ 2020
    – Risque identifié : chute de rochers sur la voie.
  • Opération n°7: Conforter une tranchée rocheuse près de Luech entre les gares de Chamborigaud et Génolhac 336.000€ 2019
    – risque identifié : chute de rochers sur la voie avec présence d’un viaduc à proximité immédiate.
  • Opération n°5: Préparer la mise en place de la base travaux en gare d’Alès 315.000€ 2020
    – risque identifié : allongement des temps d’acheminement.
  • Opération n°11: Renouveler un appareil de voie en gare d’Alès en prévision des futurs trains de travaux – connexe base travaux d’Alès 661.500€ 2019
  • Opération n°8: Remplacer une buse sous-dimensionnée par un ouvrage à ciel ouvert entre Vézenobres et Mas-Des-Gardies 241.500€ 2019 
    – risque identifié : inondation de la plateforme.
  • Opération n°9: Sécuriser une tranchée rocheuse en gare de Vézenobres 367.500€ 2019
    – risque identifié : chute de rochers, glissement de terrain suite à épisode cévenol prévisible.
  • Opération n°2: Produire une étude « loi sur l’eau » puis réaliser des travaux de sécurisation de deux remblais sensibles aux épisodes cévenols entre les gares de Nîmes et Alès 504.000€ 2020
    – risque identifié : emportement de la voie, glissement de terrain suite à épisode cévenol prévisible.
  • Opération n°4: Renouveler les rails de la zone en courbe du PK 716 (file haute) 210.000€ 2019
    – risque identifié : instabilité de roulement / stock épuisé du rail de type LP48.
  • Opération n°12: Réfection d’un mur de soutènement à Nîmes 157.500€ 2019
    – risque identifié : chute de rocher sur la voie.

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Au total ce sont 10,8M € qui s’échelonne jusqu’en 2020. Cet été les travaux ont commencé et ils se poursuivront en journée entre les semaines S10 et S18 pour le remplacement de traverses (opération n°16) puis lors de la coupure entre le 8 avril et le 14 juin 2019 pour la section Alès-Langogne, et lors d’opérations coup de poing entre le 20 et 23 puis entre le 26 et 29 avril 2019 pour la section Alès – Nîmes.

Phase II:

  • Opération n°22: Conforter la tranchée rocheuse de Mas Granon entre les gares de Nîmes et d’Alès
    – Risque identifié : chute de rochers sur la voie
  • Opération n°20: Renouveler la voie sur 35 km environ suite à l’usure très importante du rail entre les gares d’Alès et Génolhac
    – risque identifié : rupture de rail, écartement de voie,
  • Opération n°19: Conforter la paroi rocheuse de Villefort en gare de Villefort
    – risque identifié : chute de rochers sur la voie,
  • Opération n°18: Sécuriser le tunnel de la Molette et renouveler la voie en-dessous entre les gares de Prévenchères et La Bastide
    – risque identifié : chute d’éléments sur la voie,

Ces opérations concernent des relevés topographiques et des sondages qui s’achèveront fin 2019 pour permettre la poursuite des études et les travaux.

  • Un renouvellement pour la ligne des Cévennes

En effet ces travaux d’urgence ne sont pas réalisés dans le vide. La région a ainsi lancé une étude préliminaire de la ligne visant à définir un service de transport public TER renouvelé qui s’intègre dans un projet de territoire pour la ligne Nîmes – Clermont-Ferrand sur la base des besoins exprimés par les régions Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes dont les résultats sont attendus en mars 2020. Cette étude définira un scénario de dessertes et d’aménagements des infrastructures ferroviaires existantes sur la ligne Nîmes – Clermont-Ferrand. Pour rappel, le Contrat Plan Etat-Région (CPER) 2015-2020 de l’Occitanie comporte une enveloppe de 43M€ qui permettra notamment de réaliser un RVB (Renouvellement Voie Ballast) de la section Alès-Langogne. Ceci explique les travaux à venir pour transformer les voies de service de la gare d’Alès en base travaux et ainsi avoir tous le matériel et engins moteur sur place.

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TER Nîmes-Langogne, ici sur le viaduc de Chamborigaud

L’étude a également pour objectif de redéfinir les besoins des voyageurs et donc les circulations. En effet, actuellement nous avons la répartition suivante:
– Nîmes-Alès: 18 AR
– Alès-Genolhac: 8AR
– Genolhac – La Bastide: 6AR
– La Bastide – Langogne: 4AR
– Langogne – St-Georges-d’Aurac: 3AR
– St-Georges-d’Aurac – Arvant: 5AR
– Arvant-Issoire: 18AR
– Issoire – Vice-le-Comte: 26AR
– Vic-le-Comte – Clermont-Ferrand: 27AR

On pourrait par exemple imaginer un cadencement de 30 minutes entre Nîmes et Alès (15 minutes en heures de pointe avec la réouverture d’Alès-Besseges), 1h entre Nîmes et La Bastide (avec plusieurs prolongements vers Mende) et 2h entre Nîmes et Langogne. Pour ce qui est du Cévenol, cette étude doit être l’occasion de retrouver la liaison d’origine Paris – Clermont-Ferrand – Marseille. La région Occitanie aimerait commencer par retrouver un Clermont-Marseille, puis la section vers Paris dans un deuxième temps.

Ainsi avec l’année 2019, c’est une page qui se tourne pour la ligne des Cévennes et ce nouveau chapitre s’annonce plein de promesses, à condition que le voisin Auvergnat joue le jeu …

 

Source:

Photo d’illustration

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. RHT dit :

    Tout est dans la dernière phrase ‘à condition que le voisin Auvergnat joue le jeu …’. Malheureusement Wauquiez et l’AURA sont loin derrière l’Occitanie et nos voisins en Nouvelle Aquitaine en ce qui concerne le ferroviaire…

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  2. wax dit :

    il était temps
    on attend le même pour la ligne des causses

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