Les trains de nuit font de la résistance

En 2016, le ministre des transports Alain Vidalies annonce la suppression de toutes les lignes Intercités de Nuit en raison de la chute des recettes de cette activité. Une justification bancale quand on sait l’investissement massif de la SNCF dans OuiBus qui ne rapporte pourtant pas d’argent au groupe. La région Occitanie, situé à l’opposé de Paris et loin des LGV permettant des temps de trajets rapides, voit ainsi de nombreuses lignes disparaître à savoir:

  • Paris-Béziers via Millau en 2003.
  • Irun-Genève/Vintimille via Toulouse en 2014.
  • Paris-Luchon le 18 novembre 2014, suite à la fermeture de la ligne.
  • Strasbourg/Luxembourg-Portbou le 26 juin 2016.
  • Paris-Portbou le 11 décembre 2016.
  • Paris-Irun via Tarbes le 30 juin 2017.

Seules trois lignes subsiste en France, dont 2 en Occitanie: Paris – Toulouse – Latour-de-Carol et Paris-Rodez. Face à ce constat, la présidente de la Région Carole Delga lança une négociation avec la SNCF pour le retour des liaisons vers Irun et Cerbère. Et c’est après de longs mois de discussions que la ligne Paris-Portbou fait son retour en juillet 2017 avec un financement du déficit à 50% par la région. Une expérimentation qui devait durée 2 ans, mais la SNCF vient d’annoncer un prolongement de l’accord avec la région jusqu’en 2020 (date de fin de la convention nationale des TET). En revanche le retour de la palombe bleue (Paris-Irun via Tarbes) semble ne pas pouvoir aboutir… Dernière évolution en date, le retour du prolongement (mais uniquement les weekends) du train de nuit entre Paris et Albi via Rodez.

Intercité de Nuit Paris-Austerlitz – Cerbère en juillet 2017. Une composition très longue pour un train « déficitaire » … ©Enrico Bavestrello

Mais ce maintien des lignes de nuit ne doit pas être une finalité. Leurs fréquentations baisses, tout comme le service proposé, une mécanique qui doit être stoppée.

  • Train de nuit, train d’avenir?

Si les Intercités de Nuit ont été maintenu en majorité dans la région Occitanie, c’est que la distance qui nous sépare de Paris est tellement grande qu’il est impossible d’avoir un train qui arriverait à 7h en partant le matin même. Partant de ce constat indiscutable, il convient de rechercher le potentiel voyageur de la région qui justifierait ces circulations. En premier nous retrouvons les trajets professionnels. La liaison Paris-Toulouse représente la 1re ligne aérienne d’Europe, et même avec la LGV GPSO (Bordeaux-Toulouse), seul le train de nuit est capable de concurrencer l’avion sur les créneaux matinaux. Ainsi la 4ème ville de France (471.941 hab) apporte déjà une part non négligeable d’usagers potentiels.

Intercité de Nuit à destination de Paris-Austerlitz, ici entre Latour-de-Carol et le tunnel du Puymorens ©Aleix Cortés

Les autres lignes ne manquent pas non plus d’intérêt, à commencer par celle de Latour-de-Carol. En effet ce train de nuit est la seule liaison à relier Paris à la Principauté d’Andorre (85.580 hab) depuis la gare d’Andorre-l’Hospitalet. Il permet par la même occasion la desserte de la vallée de l’Ariège et ses villes de Pamiers ou Foix. Dernier atout et non des moindres malgré son absence de visibilité sur oui.sncf, il permet la correspondance vers Barcelone, avec ainsi une arrivée à 12h au lieu de 13h34 avec le premier TGV (si les correspondances étaient améliorées).

Train de Nuit Paris-Austerlitz longeant la côte Vermeille jusqu’à Portbou ©baptiste photographies

Autre branche, autre potentiel. Le train de nuit Paris-Portbou, sauvé in extremis, permet la desserte de Perpignan, 30ème ville de France et ses 121.934 habitants. Desservi par des TGV mettant 5h pour rejoindre la capitale, le train de nuit à une nouvelle fois tout son intérêt. De même il permet la desserte de Carcassonne (45.996 hab), seule ville d’une grande ligne à ne pas avoir de liaison directe de jour vers Paris.

Dernière branche enfin, celle de Rodez/Albi. Elle permet la desserte directe ou indirecte d’une multitude de villes de grande et moyenne importance du Massif Centrale et des Causses tel Rodez (23.949 hab), Albi (49.475 hab), Millau (22.234 hab), ou encore Aurillac (25.875 hab).

Intercité de Nuit en provenance de Paris-Austerlitz entrant en gare de Rodez, son terminus ©Robin Dunkel

À cela il faut ajouter le potentiel touristique non négligeable qu’offre ces lignes tout au long de l’année. Ainsi l’hiver elles permettent d’accéder facilement aux stations de ski Pyrénennes, tandis que l’été ce sont les plages de la côte Vermeille qui gagnent en accessibilité. Enfin tout le long de l’année ce sont des sites touristiques tel que la Cité de Carcassonne, Rocamadour, Toulouse, le château de Foix, Perpignan, la cité épiscopale d’Albi, Collioure ou encore Rodez et son musée Soulage qui pourraient drainer de nombreux usagers. Mais pour cela, encore faut-il un service fiable et de qualité qui donne envie d’emprunter ces trains.

  • Un service minimum et dépassé

En effet, force est de constater le manque de volonté de la SNCF dans la promotion et l’amélioration de son service de nuit. Outre l’absence totale de communication, à l’inverse des Ouibus eux aussi déficitaire, les trains de nuit manque de fiabilité. Ce sont hélas les premières victimes lors de travaux ou de période de grèves. De même, la branche de Latour-de-Carol est régulièrement interrompu les hivers à cause des fortes chutes de neige. Un phénomène pas nouveau mais qui n’entraînait pas de coupure de service par le passé, signe d’un manque de moyens pour déneiger convenablement la ligne.

Intercité de Nuit entrant en gare de Latour-de-Carol après avoir traversé les Pyrénées enneigé ©Aleix Cortés

Autre problème, les horaires. Depuis près d’un an désormais, les trains de nuit atteignent leurs destinations plus tardivement. Et si cela peut convenir pour Toulouse, par ricochet l’arrivée des trains de nuit à Latour-de-Carol et Portbou est désormais tardive, avec respectivement 9h15 et 10h. Un décalage qui entraîne qui plus est la suppression de TER sur la ligne du transpyrnéen.

Enfin dernier point noir, et non des moindres, la qualité du service et du matériel proposé. Les trains de nuit sont assurés par des voitures corail datant des années 70 et qui ne sont plus du tout adaptés aux standards actuels. Pas d’accessibilité, compartiments rudimentaires de 6 lits, pas de douche, pas de restauration. Autant de grief qui nuisent au succès de ces circulations. Mais la solution pourrait venir d’Autriche.

En effet en Europe centrale, après l’abandon des trains de nuit par l’Allemagne (en falsifiant les chiffres de fréquentation), l’Autriche s’est lancée dans un vaste chantier de création d’un réseau reliant l’Allemagne à l’Italie via son territoire. Une politique qui porte ces fruits puisque les trains de nuit dégagent déjà des bénéfices. À cette occasion la compagnie publique ÖBB a procédé à l’achat de nouvelles voitures dignes du XXIème siècle. Un renouvellement de matériel qu’il serait grand temps de démarrer en France. Au programme, des voitures avec lits individuelles, d’autres avec des compartiments composés de deux lits et d’une salle de douches privatives, et enfin des compartiments de 4 lits. Le tout avec le confort nécessaire (rangement, prise électrique, lumière, tablettes pour manger, etc).

MiniSuites proposant des lits individuels, avec possibilité d’ouverture entre deux comportiments
Family proposant un compartiment spacieux avec 4 lits
Fisrt Class proposant deux lits et une douche privative

À l’heure où le gouvernement dit vouloir arrêter la politique du tout-TGV, et achète dans le même temps 100 TGV nouvelle génération, les trains de nuit auront à coup sur droit à leur part du gâteau … ou pas?

 

Sources:

https://www.oebb.at/de/news/neues-schlaf-liegewagendesign

http://www.jean-luc-gibelin.com/lrmp/tet-aubrac-et-cerbere-une-perspective/

Photo d’illustration

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s